Pratique et réalisation sont non-deux
La traduction littérale du titre, Shushogi, est : « signification de pratique-réalisation ».
Ordinairement, on considère que pratique et réalisation sont, sinon opposées, au moins différentes et se succédant dans le temps. C’est-à-dire que c’est le fait de pratiquer qui entraînera l’éveil ou la réalisation. Or, la non-séparation entre pratique et réalisation est non seulement un des enseignement de base du zen Sôtô depuis son apparition en Chine mais aussi un des points sur lesquels Maître Dôgen a le plus insisté : la réalisation ou l’éveil ne sont pas une résultante de ce qu’on pourrait définir comme étant la pratique, mais le fait même de pratiquer est en soi déjà la manifestation et la réalisation de cet éveil. C’est ainsi que le zen Sôtô a toujours focalisé sur la pratique elle-même, considérant que chacune de nos activités quotidiennes est le lieu et le moment de la réalisation de la Voie. Cela a été exprimé par le mokusho zen de Wanshi (zen de l’illumination silencieuse), par le heijo shin kore dô de Nansen (l’esprit quotidien est la Voie), par le datsu raku shin jin de Nyojo (corps-esprit déjà dépouillé), pour ne citer que ces quelques exemples. C’est également cette évidence qui sous-tend tout le Shôbôgenzô et tout le Eihei shingi – Recueil des règles pour le temple de Eiheiji – écrits par Maître Dôgen. C’est également toute la dimension d’une pratique mushotoku, sans but ni esprit de profit, sur laquelle Maître Deshimaru a tant insisté.
Donc, la « signification de pratique-réalisation » n’ est pas « un des enseignements » du zen Soto parmi d’autres, mais il en constitue véritablement le cœur, et sa compréhension est plus qu’importante pour tous ceux qui veulent s’éveiller à shikantaza : « seulement assis ».
<- Introduction au Shushogi || Chapitre 1: Introduction générale ->